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Nicolas Julia, Sorare : « Les NFT vont réinventer certaines industries »

Nicolas Julia, cofondateur Sorare - Photo courtesy of Sorare

Chiffre d’affaires à plus de 100 millions d’euros en 2021, partenariat avec L’Equipe, recrutements et stratégie : interview de Nicolas Julia, PDG et cofondateur de la pépite NFT et blockchain Sorare.

 

Nicolas Julia est le PDG et cofondateur, aux côtés d’Adrien Montfort, son CTO, de Sorare. En septembre, la startup NFT réalisait la plus importante levée de fonds en Europe : 680 millions d’euros. Sorare est ainsi devenu l’une des nouvelles licornes françaises.

 

Coins.fr – Beaucoup de personnes ont découvert Sorare à l’occasion de votre levée de fonds record en Europe. Comment décririez-vous l’entreprise et son modèle économique ?

Nicolas Julia – Sorare propose un jeu de fantasy football fonctionnant à partir d’une plateforme permettant d’acquérir des objets virtuels de collection. Il s’agit d’une innovation aujourd’hui unique au monde, reposant sur les dernières technologies (blockchain et NFT). Elle ne correspond donc pas à une catégorie préexistante.

Sorare se rémunère lors de la vente de cartes sous forme de NFT. Nous ne prélevons pas de commission.

Lorsqu’une nouvelle carte est émise sur Sorare, le prix final de la carte (elles sont mises aux enchères) est un revenu pour Sorare. Sorare et les licenciés se partagent les revenus de la vente des nouvelles cartes. Les utilisateurs peuvent ensuite échanger et revendre ces cartes. Nous ne gagnons pas encore de revenus sur la revente des cartes, mais nous prévoyons d’introduire une petite redevance à l’avenir sur le marché secondaire, comme la plupart des marchés.

 

Quels chiffres pouvez-vous nous communiquer sur les résultats business de Sorare en 2021 ? Quels sont vos prochains objectifs ?

Nous avons eu 200.000 utilisateurs actifs en Octobre 2021 et nous avons plus de 230 partenariats avec des clubs de foot dont 11 en France à ce stade.

Plus de 220 millions d’euros de cartes ont déjà été échangés depuis le début de l’année dans 180 pays.

Nous avons l’objectif de réaliser un chiffre d’affaires de plus de 100 millions d’euros sur 2021.

 

Les NFT restent encore souvent mystérieux pour les non experts. De quoi s’agit-il ? Et en quoi constituent-ils une révolution ?

Les cartes Sorare sont des jetons non fongibles soutenus par la technologie blockchain. Il confère aux cartes numériques des super-pouvoirs, à savoir : rareté, traçabilité, liquidité, immutabilité, authenticité, persistance et véritable propriété pour les joueurs.

Avec mon associé Adrien, nous avons très vite eu la conviction que les caractéristiques propres à la technologie des « NFT », au même titre que la rareté digitale ou la question de la traçabilité, mènerait à un changement technologique qui aurait le même impact sur nos vies que l’arrivée d’Internet ou du smartphone. Les NFT vont réinventer certaines industries et changer la manière dont on possède des biens digitaux.

Nous sommes donc partis de l’idée que depuis toujours, l’homme aime collectionner et que les NFT offrent de nouvelles applications sur le Web. Et, puisque nous sommes des passionnés de foot, nous avons également réfléchi à la manière de relier notre passion à cette technologie, avant de créer une valeur d’usage immédiate, au-delà de la seule collection. Cette valeur d’usage est pour nous une condition essentielle du succès.

 

Comment convaincre des clubs de signer des partenariats avec vous ? Quels sont les gains réels pour eux ?

Notre produit étant une totale innovation, nous avons dû au départ faire de la pédagogie auprès des clubs. Maintenant que Sorare compte plus de 230 clubs partenaires et rencontre un grand succès auprès des fans de football et que les clubs et Ligues identifient bien les avantages en termes de développement de leur marque, notamment sur les Etat-Unis, mais également de nouveaux revenus que cela peut générer, nombre d’entre eux nous contactent pour étudier la façon dont nous pourrions collaborer.

 

Sorare exploite le réseau Ethereum. Envisagez-vous une connexion avec d’autres blockchains pour des questions de congestion et de coûts notamment ?

Les protocoles blockchain sont encore jeunes. Construire nos cartes sur cette technologie naissante est une décision que nous avons prise afin que notre communauté puisse bénéficier de ces super-pouvoirs. Mais cela a un coût. Comme on l’a vu ces derniers mois, la Blockchain Ethereum a été victime de son succès : le réseau est saturé, entraînant des coûts de transaction et des délais très élevés.

À la création de Sorare nous avions déjà exploré la possibilité d’utiliser la sidechain Ethereum. Cependant certaines sidechains, même si elles sont rapidement adoptées, n’offrent pas le même niveau de sécurité et de décentralisation qu’Ethereum.

Depuis 2020, nous explorons la meilleure voie à suivre pour faire évoluer Sorare. En juillet 2021, nous nous sommes associés à Starkware pour développer davantage Ethereum avec la technologie Zero Knowledge Proof (alias ZKP). L’écosystème de Sorare a pu ainsi bénéficier de transactions instantanées, de pratiquement aucun coût supplémentaire et de la possibilité d’ajouter de nombreuses nouvelles fonctionnalités intéressantes pour embarquer des millions de fans de football à Sorare.

 

Quels sont vos prochains développements pour créer d’autres sources de revenus et attirer plus de joueurs ? Proposer des fans tokens façon Chiliz est-elle une piste envisageable ?

Nous allons rester concentrés sur le fait de créer le meilleur jeu de fantasy qui existe au monde. Nous avons plusieurs axes de développement à court terme. Tout d’abord, il s’agit du lancement de notre application mobile. Nous travaillons également sur de nouveaux partenariats afin de proposer le top 20 des ligues sur Sorare dont la LFP.

Notre dernier objectif de développement est de se lancer dans de nouveaux sports. Le principe du jeu est tout à fait duplicable à d’autres sports et de nombreuses Ligues du monde entier sont intéressées par notre technologie. C’est pourquoi des discussions ont actuellement lieu pour lancer d’autres sports, notamment aux Etats-Unis

Pour ce qui est de Chiliz, nous ne comptons pas les concurrencer sur leur concept de fans tokens. Nous construisons des collectibles utilisables dans un jeu de fantasy football. Ils ont construit des fans tokens pour développer la gouvernance et l’engagement des fans.

 

Votre dernière levée de fonds doit notamment vous permettre de réaliser des recrutements. Combien ? Quels profils recherchez-vous ?

Tout à fait, nous sommes en pleine expansion. Nous recrutons des ingénieurs et des développeurs mobiles ainsi qu’un chef de produit ayant une expertise dans les jeux. Nous prévoyons de tripler l’équipe d’ici la fin de l’année pour atteindre environ 35 employés dans notre bureau de Paris.

Pour le moment, nous n’avons qu’un seul bureau à Paris, mais nous pourrions ouvrir de nouveaux bureaux en 2022 en fonction des besoins et du vivier de talents que nous pourrons trouver ailleurs.

 

La croissance de Sorare dépend aussi de sa visibilité et de sa notoriété. Comment prévoyez-vous de l’accroître ?

Actuellement nous ne faisons pas d’affichage télé ou digital en France. Notre croissance est entièrement organique. Et bien sûr, nous comptons gagner en visibilité en développant du contenu média.

Un autre objectif sur lequel nous sommes actuellement pleinement focalisé est la signature de contrats de partenariats avec les plus grandes ligues de football du monde.

En parallèle, nous venons aussi de signer un partenariat avec le journal L’Équipe, qui proposera désormais des contenus autour de Sorare, afin d’aider les joueurs à constituer leur équipe, via un onglet dédié à nos championnats de football virtuels.

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Christophe Auffray
Cofondateur et rédacteur en chef adjoint - Journaliste spécialiste de la transformation numérique depuis 2005, Christophe a notamment été rédacteur en chef adjoint chez ZDNet. Il suit de près l’actualité autour des actifs numériques et la décrypte au quotidien. Contact : christophe@coins.fr