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Pascal Gauthier, CEO Ledger : « Nous vendons entre 2 et 3 millions de devices par an désormais »

Pascal Gauthier Ledger
Pascal Gauthier CEO de Ledger - Crédit : Ledger

La croissance des ventes de ses hardware wallets n’empêche pas la licorne française de construire son business model de demain. De l’enrichissement de Ledger Live au développement de sa marketplace NFT, retour sur l’actualité de Ledger avec son PDG Pascal Gauthier.

 

« En hypercroissance, on fait pas mal d’erreurs. L’intérêt de ce bear market est de prendre du recul et de se recentrer sur le développement de projets qui font sens », indiquait Pascal Gauthier ce 25 novembre, en clôture de la première journée de l’événement Surfin Bitcoin, organisé par StackinSat et dont Ledger est partenaire.

L’occasion pour le patron d’annoncer notamment l’arrivée de StackinSat sur Ledger Live, la couche applicative qui accompagne les portefeuilles physiques de Ledger et permet de se connecter directement et de manière sécurisée à une trentaine de DApps. Les résidents de la zone SEPA pourront ainsi profiter entre autres du service de DCA automatique en Bitcoin mis en place par StackinSat, ou encore de son outil de coffre-fort numérique avec Preuve de Réserve.

Ledger Live et NFTs, sources de revenus récurrents ?

Au-delà de renforcer les services offerts au 1,5 million d’utilisateurs de Ledger Live, l’intérêt pour Ledger est aussi financier, Ledger étant susceptible de toucher une partie des revenus réalisés par les services partenaires. L’accord passé avec StackinSat prévoit ainsi que 50% des frais de transactions payés par les nouveaux clients venus depuis Ledger Live soient reversés à la licorne. En contrepartie, Ledger s’engage à donner de la visibilité à la solution.

Nous ne sommes pas encore dans une logique publicitaire. Mais je nous souhaite à tous qu’un jour, il y aura un million de Dapps sur le store, ce qui nous permettra d’inventer des offres promotionnelles. Nous n’y sommes pas encore. Nous favorisons la création de nouvelles applications au travers de notre programme de développeurs, et nous commençons même à rencontrer des problèmes de scalabilité, qui sont de bons problèmes, puisque de nombreuses Dapps attendent que nous fassions leur security review pour intégrer la plateforme”, indique Pascal Gauthier à Coins.fr en marge de la conférence Surfin’Bitcoin.

Un problème que Ledger veut résoudre en travaillant avec des entreprises tierces, ce qui a un coût : « Les Dapps développeurs vont payer eux-même leur security review. Ensuite, en fonction de la nature de leur business, nous sommes susceptibles de prendre une commission, ou pas. Poap est par exemple gratuit, et bien présent sur la plateforme. L’objectif est que tout le monde soit gagnant, et notamment le client, qui ne doit pas payer un surcoût en passant par Ledger ».

Autre service récent dévoilé par Ledger et qui participe à cette stratégie de diversification des sources de revenus : [Ledger] Market, sa marketplace NFT. Lancée fin juin à l’occasion du drop de sa propre « Genesis Collection », cette plateforme doit permettre un accès plus simple et sécurisé au marché NFT que celui offert par les plateformes existantes.

Par ailleurs, Ledger vise avec cette offre les entreprises susceptibles de lancer leur propre collection, avec un service « Entreprise Create » qui permet à celles-ci d’être accompagnées à toutes les étapes du projet, de la rédaction des smart contracts au drop.

Pascal Gauthier se réjouit de la réussite du mint de la « Genesis Collection », en attendant celui de la collection Brick, prévu le 4 septembre et qui sera le premier projet tiers lancé sur la plateforme.

« Nous avions 10 000 mint pass (les NFTs de la Genesis Collection, qui donnent accès à des collaborations et airdrop exclusifs, ainsi qu’à une Ledger Nano X en série limitée, ndlr), nous les avons vendus en moins de 24h, du jamais vu. 150 000 personnes se sont inscrites sur la waiting list, alors qu’OpenSea n’a que 400 000 utilisateurs mensuels actifs. Les utilisateurs ne s’y trompent pas : c’est la seule place de marché où les drops sont sécurisés. Sur Brick, nous avons déjà près de 8000 réservations réalisées par les possesseurs du mint pass. Autre fun fact : sur le Top20 des whales de NFTs, 14 ont un mint pass ! », se réjouit le CEO, qui annoncera un nouveau drop en septembre.

2 à 3 millions de Ledger vendues chaque année

Là encore, [Ledger] Market doit permettre à l’entreprise de développer de nouveaux revenus, plus récurrents que la vente sèche d’un hardware wallet. Et cela quand bien même les ventes totales de Ledger ont passé cette année la barre symbolique des 5 millions de portefeuilles, profitant notamment de l’actualité des derniers mois, de la faillite de Celsius aux hacks à répétition de divers protocoles.

Nous vendons entre 2 et 3 millions de devices par an désormais, et avons surtout profité du fait que des acteurs comme Coinbase ont rappelé en juin qu’ils n’assurent pas les montants déposés chez eux en cas de faillite. Nos ventes ont été multipliées par un chiffre compris entre 4 et 5 à ce moment-là. Globalement, nous sommes en croissance d’une année sur l’autre, avec des hausses à deux chiffres. Selon les mois, nous réalisons entre 15 et 50% de croissance par rapport à l’année précédente. Le prix du Bitcoin est une chose, mais il y a un engouement croissant pour les crypto-monnaies et les NFTs au sens large. Notre stratégie exhaustive nous permet de continuer à nous développer”, confie Pascal Gauthier.

Plus tard, sur scène, Pascal Gauthier précisera que Ledger a réalisé une croissance de 15% au S1 2022, et que le deuxième semestre commence sur une base de « 30 à 50% de croissance » par rapport au S2 2021. Des chiffres notables compte tenu du bear market. Reste que la baisse des cours freine dans la durée le potentiel de développement des crypto-monnaies auprès du grand public, et que Ledger a tout intérêt à créer de la valeur autour de ses utilisateurs existants, en leur vendant à terme l’accès à des services.

Afin, encore une fois, de favoriser le développement de nouvelles solutions, Ledger a lancé en juin un fonds d’investissement de 100 millions de dollars en partenariat avec Cathay : « Nous avions déjà fait des investissements par le passé, à l’image de RTFKT. À l’époque c’était une stratégie d’accompagnement, car de nombreuses entreprises qui veulent travailler avec Ledger ont également des besoins de financement. Mais nous avons désormais structuré notre approche au sein d’un vrai fonds, séparé de Ledger car ce n’est pas notre métier de base. Ce n’est pas un fond corporate. Six investissements ont été réalisés pour l’instant, nous avons embauché une équipe dédiée et plusieurs projets seront dévoilés prochainement ».

Une future levée de fonds ?

Quant à l’information récente de Bloomberg selon laquelle Ledger chercherait à boucler une nouvelle levée de fonds de 100 millions de dollars, le CEO indique pouvoir dire deux choses : « La première, c’est « no comment ». La seconde, c’est « ABR », always be rising. Aujourd’hui, demain et après-demain, notre business model est basé sur les levées de fonds successives auprès de VCs. Nous ne sommes pas autofinancés, nous avons d’énormes besoins de R&D en amont et de commercialisation en aval. La série D arrivera quand ce sera le bon moment, mais aujourd’hui, les marchés sont frileux, il y a beaucoup d’incertitudes quant à la situation économique globale. Ce n’est pas le meilleur moment ».

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Clement Fages
Reporter - Journaliste depuis 2011 passé par Frenchweb ou encore Emarketing, Clément se passionne aujourd'hui pour la crypto-monnaie et sa technologie sous jacente.