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En temps de crise, la DeFi a fait ses preuves, pas la CeFi

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Crypto & Finance Forum 2022 - Crédit : Coins.fr

La crise sur le marché crypto n’est pas l’échec de la finance décentralisée (DeFi), mais celui de la finance centralisée (CeFi). C’est la position défendue par un panel d’acteurs lors du CFF22.

 

Three Arrows Capital ? Faillite. Celsius ? Même issue, tout comme pour Voyager Digital. Mais ces entreprises ont été précédées par la chute d’autres projets du monde des crypto-actifs : Terra et ses tokens UST et LUNA.

Lors de son discours, en conclusion du Crypto & Finance Forum 2022, le président de l’AMF n’a pas mâché ses mots à l’égard de la situation. Valorisations en chute libre, défauts en chaîne et promesses non tenues, dénonce Robert Ophèle.

L’échec d’un écosystème ou de la CeFi seule ?

Cela met sérieusement à mal la crédibilité de tout l’écosystème. Même si les acteurs installés en France ne sont pas à l’origine de ces problèmes, ils vous touchent directement”, juge-t-il encore.

Est-ce tout un écosystème qui doit par conséquent être mis à l’index ? Ce n’est pas l’avis de représentants de la finance décentralisée (DeFi) réunis à l’occasion d’une table ronde du CCF2022.

La crise n’est pas une crise systémique crypto, mais une crise économique globale dont l’impact s’étend bien au-delà du seul écosystème”, défend Ambre Soubiran, PDG de la pépite française Kaiko.

Alex Bertomeu-Gilles, risk manager d’Aave, protocole DeFi bien connu, tient quant à elle à faire une claire distinction entre finance décentralisée et centralisée. « Il ne suffit pas d’utiliser des protocoles de finance décentralisée pour se revendiquer de la DeFi ».

Pas question donc de ranger Celsius dans les rangs de celle-ci. « Lorsqu’on est une entité qui contrôle les fonds des utilisateurs et fait un peu ce qu’elle veut avec, c’est de la finance centralisée », insiste la porte-parole d’Aave.

« On a un peu oublié la notion de risque »

Alex Bertomeu-Gilles estime d’ailleurs que les échecs des derniers mois sont avant tout le fait de composants centralisés. Elle épingle notamment les prêts sous-collatéralisés ou non collatéralisés consentis par certains acteurs, mis ensuite en difficulté.

C’est en effet le cas de DCG et de sa filiale Genesis très fortement exposé, à hauteur de plus d’un milliard de dollars, auprès de 3AC. Un tel scénario « dans la DeFi, ce n’est pas possible ».

L’affaire TerraUSD, un stablecoin algorithmique dont la capitalisation a été réduite à néant, répond à cette même grille d’analyse. Et Alex Bertomeu-Gilles de rappeler que la DAO d’Aave a refusé d’admettre le stablecoin comme collatéral sur le protocole.

Ambre Soubiran appelle à « considérer le risque » et signale que « tous les stablecoins ne se valent pas ». Le bull market, « une période d’effervescence des marchés » a, selon elle, fait oublier certains des fondamentaux de la crypto.

On a un peu oublié la notion de risque. Elle est fondamentale, et cela dans tous les marchés financiers […] Cette notion a été négligée. Les protocoles de lending offraient des rendements tous différents, générant une forme de chasse à la rente sans cependant tenir compte du risque”, analyse la dirigeante de Kaiko.

La DeFi preuve de l’efficacité de la blockchain dans la finance

La panel s’accorde à soutenir les qualités de résilience de la DeFi dans l’environnement actuel. « Ce que la DeFi a permis de faire, c’est de prouver que la blockchain fonctionne dans l’industrie financière », argue Ambre Soubiran.

Mais la DeFi peut aussi gagner à un rapprochement avec la finance traditionnelle. C’est d’ailleurs ce à quoi œuvrent des banques, comme Société Générale via sa filiale SG Forge. L’une de ses propositions a ainsi été acceptée par MakerDAO.

Pablo Veyrat, cofondateur d’Angle Money, déclare un intérêt pour certaines applications CeDeFi bien précises. Et Celsius n’est assurément pas du nombre. Sa préférence va « aux entreprises qui vont contribuer à faire l’arbitrage entre les deux [DeFi et CeFi] et faire en sorte que la CeFi tende peu à peu vers la DeFi ».

Pablo Veyrat veut cependant voir plus loin que la seule finance décentralisée, qu’il considère comme un segment d’un domaine plus vaste qui est l’open finance. Charlotte Eli, cofondatrice d’Atlendis Labs appelle néanmoins à ne pas faire disparaître le terme de DeFi, capital pour souligner une différence avec la CeFi.

Les plateformes CeFi permettent d’investir dans les crypto-actifs, mais gèrent les jetons des utilisateurs. A la différence, la DeFi leur permet de conserver la possession de leurs actifs et de rester en contrôle en permanence”, précise-t-elle.

Juridique, pédagogie et éducation nécessaires à la DeFi

Si pour les panélistes, la finance décentralisée a réussi son baptême du feu, elle n’a cependant pas encore achevé sa mue. « La DeFi et les NFT ont un peu servi de proof-of-concept de ce que la blockchain peut faire dans la finance et l’art digital », considère Ambre Soubiran.

De nombreux cas d’usage restent à faire émerger via la tokenisation d’autres actifs. Pour y parvenir, le secteur aura notamment besoin de solutions réconciliant juridique et technologies.

A chaque fois que Maker veut lancer des projets en collaboration avec la finance traditionnelle, ils sont obligés de dépenser des millions en ingénierie juridique”, regrette Pablo Veyrat.

Charlotte Eli insiste par ailleurs sur la pédagogie, qui doit permettre à la DeFi « de bénéficier à tous ». Car selon elle, c’est à un manque de pédagogie que la CeFi doit avant tout son succès auprès des consommateurs.

Cette analyse est partagée par Alex Bertomeu-Gilles d’Aave pour qui la crise des derniers mois traduit une lacune en termes d’éducation par la pratique. Cette éducation contribuera notamment à favoriser l’adoption de la DeFi par les institutionnels.

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Christophe Auffray
Cofondateur et rédacteur en chef adjoint - Journaliste spécialiste de la transformation numérique depuis 2005, Christophe a notamment été rédacteur en chef adjoint chez ZDNet. Il suit de près l’actualité autour des actifs numériques et la décrypte au quotidien.