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Kaiko, un pont Data entre la finance traditionnelle et crypto

Elodie De Marchi, COO chez Kaiko
Elodie De Marchi, COO chez Kaiko

La pépite française Kaiko se positionne comme un fournisseur de données incontournable pour les institutionnels de la finance. Sa mission : accompagner la TradFi dans son adoption de la DeFi, ainsi que soutenir les entreprises crypto natives dans leur expansion et plus largement la tokenisation de l’économie. Entretien avec Élodie de Marchi, sa COO.

 

Kaiko n’est probablement pas encore l’acteur de l’industrie crypto le plus renommé en France. Son positionnement exclusivement B2B et la technicité de ses solutions en font cependant une étoile montante dans l’univers de la finance traditionnelle, aussi appelée TradFi.

Kaiko se définit en effet comme un fournisseur de données financières à destination des institutions basées aux États-Unis, en Asie et en Europe. Son cœur de business se situe outre-Atlantique, un marché plus mature sur la crypto comme le souligne le récent Crypto Adoption Index.

Fournir de la Data financière de qualité en temps réel

Nous travaillons aujourd’hui avec Bloomberg, Deutsche Börse, Fidelity Investment, mais aussi avec plusieurs banques centrales dans le monde. Nous comptons parmi nos clients des leaders de la finance traditionnelle, mais également de la crypto dont Ledger et Messari à qui nous fournissons de l’information de qualité en temps réel”, déclare à Coins.fr, Elodie de Marchi, directrice des opérations et de la stratégie de Kaiko.

Depuis 2020, l’entreprise enregistre une forte accélération de son développement. Au cours des 12 derniers mois, Kaiko a triplé son chiffre d’affaires, nous indique la dirigeante. Et celle-ci s’attend à un nouveau triplement des revenus à court terme. Autres indicateurs de cette croissance : les levées de fonds et les recrutements.

En 2020, à son arrivée dans la société, Kaiko employait 14 collaborateurs à Paris avec à son actif une levée de fonds en seed de 5 millions d’euros. Depuis, elle compte 70 salariés répartis sur 4 continents avec des bureaux à Paris, New York, Singapour et Londres, des hubs de la finance mondiale.

Par ailleurs, en juin dernier Kaiko levait 53 millions d’euros en série B, qui s’ajoutaient aux 23 millions de la série A de 2021. Cette croissance est alignée sur celle du marché des crypto-actifs et leur adoption par les géants de la finance traditionnelle, dont Société Générale et BNP Paribas en France.

Pour transformer leurs activités et tirer profit des atouts apportés par la blockchain et la tokenisation, ces institutionnels partagent un même besoin : la donnée. Sur ce segment, Elodie de Marchi présente Kaiko comme « la référence, le fournisseur de données de marché financières pour les actifs numériques ».

Consolider les données fragmentées des CEX et DEX

Pour remplir ce rôle, l’entreprise est connectée à « tous les exchanges », centralisés (CEX) comme décentralisés (DEX), qu’il s’agisse par exemple de Coinbase, Kraken ou de Uniswap et Curve. Car ce marché a un impérieux besoin de consolidation des données pour apporter de la visibilité aux entreprises en raison de « l’importante fragmentation dans l’écosystème de la finance numérique ».

La proposition de valeur de Kaiko consiste donc à consolider l’information pour ses clients « qui accèdent à toute la donnée couvrant les bourses et n’importe quel assets ».

Notre plateforme intègre 180.000 instruments financiers. Nous disposons en outre de 10 ans de données historique”.

Pour répondre aux besoins de la TradFi, Kaiko s’appuie donc sur la donnée et son traitement, mais également sur un mode de mise à disposition adapté. Ainsi, l’information est distribuée par les « canaux traditionnels », comme le Terminal de Bloomberg. « Nous sommes par ailleurs le partenaire crypto de Deutsche Börse ».

Kaiko distribue ses produits et services par le biais de BT Radianz, ICE Global Network, terminaux Bloomberg, Deutsche Börse ou encore Snowflake.

Nous sommes ainsi capables de capter l’information d’outils extrêmement innovants, et de la délivrer dans un format que la finance traditionnelle reconnaît et comprend”, souligne la COO.

Mettre à disposition la donnée crypto est en outre essentielle pour favoriser l’adoption par les institutionnels. Pour cela, Kaiko développe aussi ses liens avec les acteurs crypto natifs, dont des oracles. La startup réunit les compétences de lecture et d’écriture dans la blockchain grâce à ses propres nœuds.

Un pont entre finances tradi et Web3

Kaiko se veut agnostique et multi-chaînes en termes de protocoles (blockchain publiques et privées) et de réseaux. Un choix qui se justifie par sa volonté d’être un « pont » et de permettre « l’interopérabilité » entre finances traditionnelle, numérique, centralisée et décentralisée.

Fed, Banque de France ou d’Angleterre… toutes diffusent quotidiennement des taux de référence pour l’euro ou le dollar. Cela n’existe pas en crypto. C’est un manque alors que tous les grands, Visa, Mastercard, JPMorgan… ont annoncé leur entrée sur la crypto au cours des deux dernières années. Pour des besoins de reporting ou de conformité, ils ont besoin d’un tiers de confiance, responsable, en mesure de leur fournir un prix de référence”, détaille Elodie de Marchi.

Kaiko entend s’imposer comme le tiers de confiance incontournable alors que le marché de la finance engage sa transformation. Cette évolution s’appuie en particulier sur la technologie blockchain et la tokenisation de produits financiers classiques via les security tokens. A la fourniture de données brutes, la startup a ajouté de nouveaux produits cette semaine au travers des Price Rates (Indices) ou encore des produits analytiques permettant l’analyse de risque de portefeuilles investis en crypto.

Pour établir des prix et fournir de la donnée activable aux investisseurs B2B, Kaiko propose notamment des filtres sur 42 critères (liquidité, gouvernance, sécurité, qualité de l’infrastructure…) via Kaiko Exchange Ranking. L’entreprise propose ainsi 14 taux de référence.

En fonction des critères sélectionnés, Kaiko peut fournir plusieurs dizaines de taux supplémentaires. Cela lui permet de revendiquer « la plus large couverture en termes de taux » grâce à un accès direct à la Data. Pour les clients de ces données, cela signifie une capacité à valoriser des portefeuilles d’actifs et à échanger sur les marchés « au bon prix ».

Priorités à l’international et aux recrutements

Pour alimenter sa croissance en 2022, l’entreprise s’est fixée plusieurs priorités stratégiques, dont son déploiement à l’international. En mars, elle s’implantait à Singapour. L’équipe de New York a été renforcée et compte désormais 12 collaborateurs. Cette expansion va se poursuivre et est permise par la levée de fonds de juin dernier.

Ces sites, dont Londres, sont ceux où se structure aujourd’hui la transformation de la finance traditionnelle. C’est donc également sur ces places de marché stratégiques que Kaiko recrute, en particulier parmi les professionnels de la TradFi. Pour tirer cette dynamique, la startup noue également des partenariats avec des acteurs de la finance. La finalité : « les accompagner dans leur transition vers la finance digitale ».

2022 est également l’année de l’extension de l’offre produits. Trois ans plus tôt, Kaiko était principalement positionné sur la CeFi. Elle couvre désormais aussi la DeFi. « Nous avons aussi lancé notre offre indices et analytic », grâce notamment au rachat en début d’année de Kesitys.

Dans un contexte d’hiver crypto, Kaiko axe sa stratégie sur une consolidation du marché. La crise du secteur peut ainsi offrir des opportunités en termes d’acquisitions. Ces opérations pourraient permettre à l’entreprise de se renforcer sur des marchés existants et/ou d’en ouvrir de nouveaux.

En 2023, la startup se fixe aussi comme priorité le renforcement de sa présence via le développement de son action commerciale. Kaiko suit aussi de près les tendances sur les actifs, ce qui pourrait l’amener à lancer des produits en lien avec les NFT ou d’autres actifs.

Objectif tokenisation de l’économie pour Kaiko

Le terrain de jeu de demain pour Kaiko est vaste : « couvrir n’importe quel actif financier qui vit sur la blockchain ». Et avec la dynamique en matière de tokenisation de l’économie, le potentiel est considérable. En effet, Boston Consulting Group estime à 16 000 milliards de dollars le marché de la tokenisation d’actifs en 2030.

L’hiver crypto ne constitue-t-il pas cependant un obstacle de taille et un frein à ces transformations ? La correction touche aussi les marchés plus traditionnels comme la bourse, note Elodie de Marchi. « Oui les marchés sont en baisse, mais cela ne signifie en rien que la crypto va disparaître, au contraire », poursuit-elle.

Nous sommes en contact avec Forge et BNP, Goldman Sachs, Morgan Stanley… Toutes les banques s’intéressent à la blockchain et préparent la suite. Elles perçoivent la blockchain comme une solution leur permettant de dégager des gains d’efficience sur leur modèle d’opération. La blockchain apporte des solutions à des problèmes qui en manquaient auparavant. Et c’est la raison pour laquelle la transformation va se poursuivre, indépendamment des cours des tokens et de la concurrence entre les protocoles”, conclut la cadre dirigeante de Kaiko.

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Christophe Auffray
Cofondateur et rédacteur en chef adjoint - Journaliste spécialiste de la transformation numérique depuis 2005, Christophe a notamment été rédacteur en chef adjoint chez ZDNet. Il suit de près l’actualité autour des actifs numériques et la décrypte au quotidien. Contact : christophe@coins.fr